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MACKY SALL DÉMASQUÉ (Par Madiambal Diagne )

Pour la grande majorité des Sénégalais, leur président est un être froid, et à la limite sans compassion. Ce que Madiambal Diagne porte entièrement à faux. Le journaliste s’est dit surpris que les Sénégalais découvrent le côté «humain» du président de la République quand, dans son premier livre, il raconte la réaction de ce dernier quand on lui a annoncé la plainte de Adji Sarr contre Ousmane Sonko. C’est ce qui l’a incité à dévoiler un personnage dont l’écrivain Hamidou Anne estime que «les Sénégalais gagneraient à connaître».

Madiambal Diagne a décidé de montrer la face cachée de l’actuel locataire du Palais en lui consacrant un livre basé sur leurs échanges intimes. «Macky Sall derrière le masque» est une «chronique de la trahison. On ne parle pas de politique sans parler de trahison, avec des choses qui se font et se refont. Ce livre est aussi le portrait d’un Sénégalais qui s’empêche. C’est aussi un livre sur le compagnonnage entre les journalistes et les hommes politiques. Ce livre nous laisse voir une personnalité que les Sénégalais gagneraient à connaître», souligne l’écrivain Hamidou Anne, lors de la présentation de l’ouvrage, hier.

A grand renfort d’anecdotes des plus croustillantes, ce livre plonge le lecteur dans le cœur du pouvoir politique, le promenant dans les dédales et coulisses du monde feutré des plus hautes institutions de l’Etat. Ce témoin privilégié, qui souffle à l’oreille du chef de l’Etat, décrit les péripéties des grandes mutations politiques du Sénégal de ces douze dernières années (2012-2024), et même bien avant. Macky Sall a beau passer pour austère, rigide, il ne cache pas moins un côté débonnaire, sympathique et altruiste. On trouvera, à travers le récit captivant, des facettes de la complicité entre Macky Sall et son épouse Marième Faye Sall. «Madiambal nous explique comment on peut être fils de berger et de vendeuse de cacahuètes, et finir président de la République.

Quand il est arrivé au pouvoir, on lui dit qu’il n’y a pas de prestige sans distanciation. C’est probablement de là qu’est venu le masque «Niangal». Madiambal raconte un autre Macky Sall qui, en privé, aime faire des blagues», a dit hier Yoro Dia, le préfacier du livre, lors de la cérémonie de présentation de l’ouvrage. Le Quotidien donne ici à ses lecteurs, quelques bonnes feuilles.

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Mardi 3 avril 2012, Macky Sall, élu tout nouveau président de la République, se rend à son bureau au Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor à neuf heures. Après son installation la veille à la tête du pays, tout le Sénégal attend impatiemment et fiévreusement la nomination du chef du gouvernement. Il indique ses audiences de la journée à celui qui fait office pour lui de chef de protocole depuis quelques an-nées, Papa Samba Diop. Le Président lui souffle qu’il compte nommer l’ancien banquier, Abdoul Mbaye, comme Premier ministre et qu’il faudrait essayer de le localiser, non sans lui préciser de le faire avec la précaution, de ne rien laisser transparaître qui pourrait donner une idée à l’intéressé de cette intention.

Papa Samba Diop croit vouloir préciser l’instruction présidentielle : «Vous voulez parler de Cheikh Tidiane Mbaye, Mon-sieur le président ?», se risque-t-il. «Non, je dis bien Abdoul Mbaye. Tu pourras demander son numéro à Christophe Aubrun.» (Christophe Aubrun est un Français installé au Sénégal et ami du couple Sall, et fait partie des personnes qui aideront la Première Dame à lancer une fondation caritative.) La remarque du préposé au protocole peut s’expliquer, car des rumeurs dans les salons de Dakar, parvenues jusque dans certains médias, avancent que le Président Macky Sall envisagerait de nommer à ce poste, l’ancien directeur de la Sonatel (la Société nationale de téléphonie) et puîné de Abdoul Mbaye.

Cheikh Tidiane Mbaye figure parmi les personnalités reçues en audience par le président Sall, après la proclamation des résultats du second tour qui consacre sa victoire nette de plus de 65% des suffrages au second tour.

Le poste de Premier ministre est très couru. Abdoulaye Baba Diao, Pdg d’Itoc Sa, s’est activement proposé pour la fonction. A sa sortie d’une audience à la résidence du nouveau chef de l’Etat au quartier Mermoz, accompagné d’un de ses jeunes collaborateurs, El Hadji Abdoulaye Hussein dit Elou, il acceptera pour la première fois une interview avec la Rts. Baba Diao sera nommé ministre-conseiller auprès du président de la République. L’ancien Directeur général de la Fao, Jacques Diouf, est aussi approché. Entre les deux tours de la Présidentielle, Macky Sall, accompagné d’une délégation composée de Aminata Tall, Alioune Badara Cissé, entre autres, lui rend visite, et Jacques (mon propre candidat à ce poste) commence à travailler sur les stratégies pour anticiper sur une crise alimentaire et agricole qui est fort redoutée. Il sera finalement nommé lui aussi ministre-conseiller auprès du président de la République. Plus tard, quand le Président Sall se plaindra de son Premier ministre Abdoul Mbaye, je regrette qu’il n’ait pas porté son choix sur Jacques Diouf.

La Première Dame me rétorque : «On nous a dit que Jacques est malade.» «Comment ?», je lui assure que son époux n’est pas mieux portant que Jacques Diouf.

Macky Sall garde le silence

Macky Sall confie plus tard à des proches, qu’en 2010 déjà, alors qu’il est opposant, c’est sous la forme d’une boutade qu’il annonce à Cheikh Tidiane Mbaye qu’il en ferait son Premier ministre quand il sera président de la République.

Les deux hommes en rient

Deux ans plus tard, Macky Sall, devenu chef de l’Etat, lui en fait l’offre, mais Cheikh Tidiane Mbaye la décline. Le Président Sall cherche à ce moment-là un Premier ministre qui ne serait membre d’aucun parti politique, capable d’être équidistant des différentes coteries de la coalition qui l’a porté au pouvoir au soir du 25 mars 2012. Ce profil renvoie logiquement à un technocrate. On suggère au Président Sall le nom de l’ancien directeur de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Sénégal (Bicis), Amadou Kane. Ce dernier a le handicap d’être le gendre de Amadou Makhtar Mbow, président et figure tutélaire des Assises nationales, ce forum organisé en 2008-2009 par les opposants au Président Abdoulaye Wade, devenu une plateforme politique.
Le «Père Mbow», comme on l’appelle affectueusement, s’y impliquera fortement.

Cheikh Tidiane Mbaye, nullement intéressé, souffle à l’oreille du Président, le nom de son aîné : «Abdoul peut être intéressé.» Le futur Premier ministre, qui est alors en voyage en France, rapplique illico presto quand il apprend que son profil intéresse le chef de l’Etat. Il ne semble donc pas être très surpris de l’appel d’un collaborateur du Président Sall. Abdoul Mbaye laisse au protocole plusieurs numéros de téléphone, manifestement impatient de recevoir le colis présidentiel que Papa Samba Diop prétexte vouloir lui remettre. Dix minutes plus tard, il rappelle pour demander si quelqu’un n’avait pas cherché à le joindre car il vient de découvrir un appel anonyme en absence. Il rappellera deux autres fois dans la journée pour être sûr que personne ne chercherait à le joindre en vain.

C’est tard le soir qu’il reçoit l’appel pour son audience avec le président Sall. Abdoul Mbaye dont le domicile est dans le quartier du Plateau, non loin de la présidence de la République, arrive sur les lieux en moins de cinq minutes chrono. La promptitude fait sourire. L’homme est sur son trente-et-un et conduit lui-même sa voiture.

En mars 2012, c’est-à-dire entre les deux tours de l’élection présidentielle, c’est Abdoul Mbaye qui organise, avec Christophe Aubrun, une rencontre du candidat Macky Sall avec un parterre d’hommes d’affaires à l’hôtel Terrou Bi de Dakar. Il semble qu’à cette occasion, il séduit le candidat Macky Sall.

A la fin de l’audience, et après l’annonce aux médias de la nomination du Premier ministre, le Président lui demande de dire à son chauffeur de se rapprocher. Abdoul Mbaye lui apprend qu’il conduit en personne et le Président le raille quelque peu : «Vous êtes devenu Premier ministre, vous ne pouvez pas conduire vous-même votre voiture, comme ça.»

Un gendarme est alors commis pour le ramener à son domicile. Sa nomination déroute de nombreux responsables politiques proches du Président Sall. Ils accusent le coup. Le moment n’est pas aux querelles et discussions, encore moins aux contestations, d’autant que de nombreux postes ou strapontins sont encore à pourvoir dans le Cabinet présidentiel, au gouvernement et dans toutes les autres institutions publiques. Il n’empêche que dès le lendemain de la nomination, de nombreux médias se déchaînent contre le nouveau Premier ministre. Le 4 avril 2012, je lui envoie un message de félicitations en lui souhaitant notamment «bonne chance». Il m’appelle le 5 avril 2012, juste au sortir de sa séance de passation de services avec son prédécesseur Souleymane Ndéné Ndiaye. Il veut me recevoir dès le lendemain 6 avril 2012, à 11 heures. Je lui indique un conflit d’agenda. Je ne le lui dis pas, mais j’ai une audience de prévue avec le président de la République. C’est ainsi que le nouveau Premier ministre me demande de passer le voir dans l’après-midi du même jour, à 17 heures.

Je suis au rendez-vous. Abdoul Mbaye est chaleureux, mais aussi assez préoccupé par l’accueil de feu que de nombreux médias ont réservé à sa nomination au poste de Premier ministre. Ce 6 avril 2012, plusieurs journaux font leur «Une» sur ses déboires judiciaires. Chacun y va de sa révélation, allant de ses liens troubles avec Hissène Habré, ancien président du Tchad, réfugié au Sénégal, dont il est le banquier attitré, à son inculpation encore pendante devant le Cabinet du Doyen des juges d’instruction de Dakar, pour une affaire d’escroquerie, de faux et usage de faux en écritures privées, l’opposant à un homme d’affaires Abdoulaye Baba Diakité, ou de ses démêlés judiciaires avec un autre homme d’affaires Ass Malick Sall ou au grand importateur de riz, Bocar Samba Dièye, ainsi que son différend avec l’homme d’affaires Pape Ndiamé Sène. Abdoul Mbaye tient à me remercier du fait que Le Quotidien, «son» journal, ne se mêle pas à ce qu’il considère comme une campagne incompréhensible. Le Premier ministre Mbaye me demande ce qu’il devrait faire devant une telle situation. Je lui fais remarquer, en ma qualité de président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal, le Cdeps, qu’il doit s’y faire, car, tant qu’il était un banquier ou un homme d’affaires dans le privé, ses affaires n’intéressaient pas grand monde. En revanche, dès l’instant qu’il est Premier ministre, les médias s’intéresseront à sa vie et à ses activités de tout temps. Je lui conseille de faire le dos rond, de laisser la bourrasque passer et ne pas s’engager dans une polémique avec les médias, mais surtout de chercher à développer des relations personnelles avec les journalistes.

Le soir même, j’informe ma rédaction de mon audience avec le Premier ministre Abdoul Mbaye, et la ligne de conduite reste de ne nous intéresser qu’aux faits, rien qu’aux faits. J’ai estimé que la précision était bien nécessaire, car tous les membres de la rédaction de notre journal n’ignoraient les relations que Abdoul Mbaye entretient avec Le Quotidien, avant qu’il ne soit nommé Premier ministre du Sénégal. Le journal Le Quotidien est son média favori et c’est à travers ses colonnes qu’il choisit de publier toutes ses contributions sur des questions économiques ou de religion. C’est ainsi que Le Quotidien a la primeur de la publication de la «Lettre de Kéba Mbaye à son fils». De notre côté, je fais publier gratuitement les avis et communiqués de la Fondation Kéba Mbaye. Cela fâche régulièrement certains de mes collaborateurs qui disent que «ces gens ont bien les moyens pour payer de la pub».

C’est donc un président Sall, visiblement tout content de son choix porté sur Abdoul Mbaye, qui m’apostrophe : «Mais Madiambal, tu n’as rien dit de mon Premier ministre, qu’est-ce que tu en penses ? Les gens devraient être surpris…» Il m’explique qu’il veut comme Premier ministre un technocrate, un cadre sans accointances politiques et nanti d’un parcours suffisant pour diriger un gouvernement de coalition. Je lui réponds que le choix répond à ses critères à lui, mais que, de mon point de vue, il risque de réveiller chez Abdoul Mbaye des ambitions refoulées. Prémonitoire, je mets le président Sall en garde qu’il le retrouverait fatalement sur son chemin à la prochaine élection présidentielle.

Ma réponse contrarie Macky Sall. Je crois savoir que le Président Abdou Diouf a fait un commentaire similaire, du genre : «J’espère qu’il ne laissera pas Macky au milieu du gué, comme Kéba l’a fait avec nous.» Le juge Kéba Mbaye, alors président du Conseil constitutionnel, démissionne en 1993, au moment de proclamer les résultats de l’élection présidentielle très contestée.

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Au fil du temps, mes relations avec Abdoul Mbaye seront de plus en plus tendues.

L’homme d’affaires Abdoulaye Diakité rend visite à la rédaction du Quotidien et accorde un entretien. Le 21 mai 2012, Pape Ndiamé Sène rend publique une lettre adressée à Abdoul Mbaye et transmise par voie d’huissier. Le Quotidien s’en fait l’écho, comme la plupart des autres médias.

Des organisations humanitaires soulèvent l’affaire des meurtres et crimes économiques commis par Hissène Habré au Tchad. Le Quotidien traite l’information. Après une visite à Amral Goz, le sinistre cimetière où sont enterrées les milliers de victimes du régime de Hissène Habré, je prends ma plume. C’est à cette occasion qu’est posé le débat sur la responsabilité du Premier ministre en fonction, Abdoul Mbaye, qui «blanchirait» l’argent que Hissène Habré a emporté avec lui lors de sa fuite du Tchad. Abdoul Mbaye est le banquier de la famille Habré à Dakar, à la Biao-Sénégal devenue Compa-gnie bancaire pour l’Afrique de l’Ouest (Cbao) et à la Banque sénégalo-tunisienne (Bst), qu’il dirige tour à tour. Nous révélons que les relations entre Abdoul Mbaye et la famille Habré sont si particulières que quand Abdoul Mbaye quitte la Cbao pour la Bst, il emporte dans ses cartons son client Hissène Habré.

Pour la petite histoire, Abdoul Mbaye gagne en 2019 le procès qu’il intente contre moi pour diffamation dans l’affaire Hissène Habré. Les juges estimant qu’au moment où les comptes bancaires sont ouverts pour Hissène Habré, l’infraction de blanchiment d’argent n’existe pas encore ! Outré par les circonstances du procès, je me suis acquitté du paiement des dommages et intérêts sans attendre la signification de la décision de Justice.

Son conseil, Maître Ousseynou Fall, encaisse le chèque dès le lendemain. Le 18 mai 2012, le Premier ministre accompagne le Président Sall à la réunion du Directoire du parti présidentiel, l’Alliance pour la République (Apr). Le président tient à présenter son nouveau Premier ministre à ses compagnons politiques. Abdoul Mbaye se montre si enthousiaste qu’il offre d’intégrer immédiatement les rangs du parti. Le Président le coupe net : «Non, j’ai plutôt besoin de vous pour les affaires de l’Etat.» Abdoul Mbaye se retire pour laisser les responsables de l’Apr poursuivre leur réunion. Ses relations avec les personnalités politiques de l’Apr qui, pour la plupart, le prennent pour un intrus, ne sont pas au beau fixe.

Les mois suivants seront tumultueux. Le Premier ministre Mbaye a particulièrement dans son viseur la ministre de la Justice, Aminata Touré, qu’il prend pour son adversaire irréductible et qui participerait à chercher à le déstabiliser. Il accuse aussi Abou Abel Thiam, le porte-parole du Président Macky Sall, de publier sous des pseudonymes de virulents articles dans le journal Le Témoin. Abou Abel s’en explique avec le chef de l’Etat, à qui il dit : «Vous me connaissez assez pour savoir que si j’ai à l’attaquer, je le ferai à visage découvert.» Des proches du Premier ministre comme Ameth Amar, Mamadou Ndoye, organisent des discussions entre les deux hommes. Seulement, Abdoul Mbaye reste aussi persuadé que c’est Mamadou Diagna Ndiaye, banquier, homme d’affaires et proche collaborateur de l’Industriel Jean-Claude Mimran, employeur de Abdoul Mbaye à la Cbao, qui manipule tous ses détracteurs. Abdoul Mbaye et Mamadou Diagna Ndiaye ont des relations ouvertement hostiles et le Premier ministre se convainc que le président du Comité national olympique sportif sénégalais, le Cnoss, lorgne son fauteuil du 9ème étage du Building administratif, siège du gouvernement, que le président Sall baptisera du nom de l’ancien président du Conseil du gouvernement, Mamadou Dia.

Ces bisbilles ne sont sans doute pas étrangères à un coup de théâtre. Celui de la démission fracassante du gouvernement, le 13 février 2013, du ministre du Commerce, El Hadji Malick Gakou. Un bras de fer l’oppose au Premier ministre au sujet de l’homologation des prix de la farine de blé. Le ministre du Commerce se heurte violemment à son patron en réunion de Conseil des ministres. Le Premier ministre accuse son collaborateur de défendre les intérêts des meuniers, notamment ceux du Groupe Mimran, propriétaire des Grands Moulins de Dakar.

Se sentant désavoué, le ministre estime devoir mettre à l’aise le président de la République. Il se rend au domicile du leader de son parti, l’Alliance des forces de progrès (Afp), pour lui faire part de son intention de rendre le tablier. Moustapha Niasse, président de l’Assemblée nationale, le dissuade tout en lui indiquant qu’il parlera avec le Président Sall et que ce dernier le recevra pour arrondir les angles. Le président Niasse réussit à éteindre l’incendie et le Président Sall promet de recevoir Malick Gakou le lendemain 13 février 2013. Il demande le contact téléphonique pour faire appeler le ministre Gakou. En tout état de cause, le Secrétariat du Président Sall ne réussit pas à joindre El Hadji Malick Gakou pour l’audience prévue ce soir-là à 20 heures. A l’heure de l’audience, le Président Macky Sall demande de faire entrer son ministre qui, malheureusement, n’est pas sur les lieux. Le chef de l’Etat en prend acte, considérant que son ministre reste sur sa décision de démissionner du gouvernement. De son côté, Malick Gakou, qui attend en vain de rencontrer le Président Sall et qui ne reçoit plus d’informations de la part de son chef de parti Moustapha Niasse, en conclut que le président de la République prend sans doute définitivement fait et cause pour son Premier ministre. Il dépose alors sa lettre de démission à la présidence de la République. Les médias en sont immédiatement informés. C’est en discutant tour à tour de la question avec le Président Sall et son ministre démissionnaire que nous découvrons que cette situation résulte d’un fâcheux quiproquo. En fait, il s’avère que le numéro de téléphone transmis au président de la République par le président Moustapha Niasse est erroné.

Dans sa paranoïa, Abdoul Mbaye moucharde à mon sujet auprès du Président qui m’interpelle : «Madiambal, tu tourmentes mon Premier ministre ; peux-tu le laisser tranquille ?» Je lui réponds : «Votre gars-là «du dara» !» (Il est méprisable). Je précise au président Sall qu’il n’y a aucune animosité personnelle, mais que mon journal a un rapport avec l’information, avec les faits. «Il aura des problèmes avec la terre entière s’il continue de croire que Diagna est derrière tout le monde et tient la plume des journalistes.»

Cet échange a lieu durant les péripéties de la nomination de Pape Alé Dieng à la Société nationale d’électricité, la Senelec. Le Président Macky Sall envisage d’en faire le Directeur général, tandis que le Premier ministre Abdoul Mbaye ne l’entend pas de cette oreille. Ses objections auraient été recevables s’il ne cherchait pas le poste pour son jeune frère, Cheikh Tidiane Mbaye.
J’interroge le président de la République à propos de cette situation que je trouve surréaliste. Je lui dis qu’avec cette affaire, on verrait qui de lui ou du Premier ministre décide de la nomination aux emplois publics.

Le mercredi 18 juillet 2012, Cheikh Tidiane Mbaye claque la porte de la réunion du Conseil d’administration de la Senelec. Président du Conseil d’administration de la Senelec, il est en ce temps-là également Directeur général de la Sonatel, annoncé comme futur Directeur général de la Senelec. Il exprime son désaccord sur la proposition de nommer Pape Alé Dieng au poste de Directeur général de l’entreprise. Le Conseil sera convoqué à nouveau la semaine suivante pour entériner la nomination de Pape Alé Dieng. Dans son édition du 31 juillet 2012, Le Quotidien titre : «Les Mbaye veulent plus de pouvoirs.» Article que je signe en fustigeant la volonté du Premier ministre d’empêcher la nomination de Pape Alé Dieng à la tête de la Senelec pour faire place à Cheikh Tidiane Mbaye, son jeune frère, président du Conseil d’administration de la société. Pour accompagner mon article, un de mes collaborateurs signe un billet intitulé «Les frères Dalton». Ce billet, qui «heurte» la famille Mbaye, serait mon œuvre que je fais signer par un de mes collaborateurs.

Une pratique totalement étrangère aux colonnes du Quotidien

La démission avec fracas de Cheikh Tidiane Mbaye est-elle le déclic qui sonne le glas de son frère à la Primature ? L’acte émeut fortement dans les allées du pouvoir et tout le monde semble se passer le mot pour s’indigner de l’effronterie. C’est peut-être la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Macky Sall vit mal cet épisode.

Histoire de limiter les dégâts, un ami commun, qui estime devoir arranger mes relations avec Abdoul Mbaye, me propose, au début d’octobre 2012, de nous inviter à dîner tous les deux, en «terrain neutre», dit-il. Je lui rétorque «qu’il n’y a pas besoin de nous voir en terrain neutre. Nous ne sommes pas en guerre et je considère que Abdoul Mbaye est le Premier ministre du Sénégal et, par égard pour cette fonction, il me revient de me déplacer pour le trouver à l’endroit qu’il m’indiquerait».

Ma réaction surprend Abdoul Mbaye qui propose de nous voir à sa résidence de la rue Gallieni dans le Plateau. Je m’évertue à lui faire comprendre qu’il n’y a aucune animosité et que nous pouvons continuer à entretenir les relations des plus cordiales. L’entretien se passe bien et le Premier ministre m’informe que le Président lui demande d’ailleurs de discuter avec moi sur l’économie numérique, sujet sur lequel j’ai quelques idées. Le Premier ministre Abdoul Mbaye me demande ainsi de lui préparer une note sur la question. J’en sors de son domicile, me disant qu’il sait dorénavant que personne ne manipule Le Quotidien… Seule fausse note de cette rencontre : son épouse me propose de la citronnade que j’accepte volontiers. Mais patatras ! Au moment du service, le fond de la carafe se brise et tout le contenu se répand sur elle.

On ne sait pas trop si l’homme est maladroit, rempli de lui-même ou méprisant, mais quelques jours plus tard, il prend prétexte de la fête de la Tabaski pour m’envoyer une enveloppe contenant la somme de cent cinquante mille francs par le chauffeur d’un autre ami, Mamadou Ndoye, témoin de notre rencontre. Dès que je reçois le colis, j’appelle cet ami pour lui demander de passer illico presto à mon domicile en lui disant que j’ai une information urgente pour Abdoul Mbaye. Une fois à mon domicile, je lui tends l’enveloppe pour qu’il la retourne, car je suis choqué et outré par son manque de respect et que je considère son geste comme du mépris. Je lui demande de préciser à Abdoul Mbaye que «tout Premier ministre qu’il est, je suis mieux logé et vis mieux que lui».

Cet épisode enterre définitivement nos relations.

Je raconte l’anecdote au président Macky Sall qui s’en navre. Cet esclandre empêche que je lui produise la note demandée, mais quelques jours plus tard, je constate que la problématique sera ajoutée à l’intitulé du ministère de la Communication, des télécommunications et de l’économie numérique, confié à Cheikh Bamba Dièye, à la faveur du remaniement gouvernemental du 29 octobre 2012. Polémiste à souhait, Abdoul Mbaye indispose les invités à la cérémonie de remise de sa décoration, le mardi 13 novembre 2012, de la Grand-Croix de l’Ordre national du mérite français (Onm), par l’ambassadeur de France, Nicolas Normand. Il s’en prend aux médias qui l’accablent, dit-il, au point que sa maman en est atteinte et en souffre, et donc ne peut se déplacer et assister à la cérémonie. Comme il est de tradition, il fait partie de la liste de personnalités proposées par le président de la République du Sénégal. A cette occasion, Abdoul Mbaye n’a pas manqué de chanter sa double nationalité française et sénégalaise.

Courant mars 2013, je suis approché par des amis de Madame Amy Diack, ex-épouse de Abdoul Mbaye. Elle est en contentieux avec lui devant le Tribunal civil. Je refuse de traiter leurs informations, indiquant que Le Quotidien ne serait preneur que d’une interview à visage découvert de Madame Amy Diack. Elle nous l’accorde le 8 juillet 2019. (…)

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