CULTURE

Abou Thioubalo, chanteur : «La musique sénégalaise était en crise bien avant le Covid-19»

Comme une météorite, Abou Thioubalo a traversé le ciel musical sénégalais en laissant une traînée de «Solution». Un moment de gloire éphémère que le chanteur cherche encore à retrouver. Plus mature, forgé par les épreuves, il préfère désormais travailler en toute discrétion. «Solution», son seul et unique album, lui a valu toutes les satisfactions dont celle de gagner 15 millions en une soirée. Mais comme dit l’adage, s’il est difficile d’atteindre le sommet, y rester l’est encore plus. Abou Thioubalo qui sort à peine d’un passage à vide, philosophe constamment sur les leçons que la vie lui a apprises. N’allez surtout pas lui demander pourquoi ce long silence. C’est la question qui fâche.

Vous êtes présent sur la scène musicale sénégalaise depuis quelques années. Parlez-nous de votre parcourt artistique ?
Je suis né et j’ai grandi à Pikine. Je suis un chanteur du Peuple, un fils de Pikine. Je dirais que c’est depuis 1989 que j’ai commencé à aimer la musique. Mais j’ai vraiment commencé ma carrière en 1995 à travers les Simb (faux lion), les Mbapattes (luttes), les Kassaks et les cérémonies traditionnelles. Je pourrais dire que je suis dans la musique depuis une éternité mais je n’ai qu’un album qui est Solution. Malgré tout le bruit fait autour de ma personne, je n’ai que cet album. Avant, j’accompagnais des artistes comme Ndella Xalass, j’ai participé au premier album de Fata, j’ai fait une production avec Assane Thiam, etc.
Votre unique album remonte à 12 ans en arrière. Qu’est-ce qui explique ce coup de frein dans votre carrière ?
C’est Dieu qui a décidé que ma carrière connaisse cette tournure. Ce n’est pas le talent qui me fait défaut ou que je ne travaille pas assez. Si tu arrives à dépasser les autres et que tu es dépassé par les autres, il faut se montrer faire-play et accepter la réalité des faits. La vie est ainsi faite. Tous les journalistes me posent la même question. Souvent, c’est ce qui fait que je refuse de parler avec la presse et Tanje (son manager) me l’impose. L’intérêt de notre discussion devrait se situer à chercher à savoir où en j’en suis avec mes projets. Chaque jour, mes clips sont diffusés à la télévision. Mes fans les dégustent, ils m’écoutent et me regardent et savent sur quoi je travaille. Solution est un album qui est toujours d’actualité. Les mélomanes connaissent les titres qui le composent. Pourtant il y a des albums qui sont produits et dont le titre même n’est pas connu de tous. Certains musiciens font une course contre la montre alors que la musique ne connaît pas la concurrence. Il faut bien travailler ses textes mais certains sortent des chansons rien que pour faire du buzz. La question que j’attends qu’on me pose, c’est pourquoi je n’ai pas encore sorti d’album ?
Pourquoi vous n’avez pas encore sorti d’album ?
Si l’album n’est pas sorti, ce n’est pas à mon niveau qu’on devrait aller chercher les raisons. Tout ce que je puis dire c’est que Prince Art travaille là-dessus. Mais de mon côté, je travaille pour produire d’autres sons. J’ai sorti un morceau Salsa et un autre qui s’appelle Gainde. Et je travaille pour en sortir un nouveau qui sera bientôt disponible. Le musicien ne doit pas se focaliser sur celui qu’il devance ou celui qui le devance. La musique ce n’est pas comme la lutte où la concurrence fait vivre la passion. Je fais de la musique pour participer à conscientiser les masses, pas pour concurrencer qui que ce soit. J‘avais été numéro 1. Je suis cité parmi les «Ndanaane» (entendez l’un des meilleurs) de la musique sénégalaise. Etre devant ne veut pas dire qu’on est meilleur que l’autre. Le chanteur ne doit pas se focaliser sur un supposé classement. Un chanteur doit s’intéresser à l’évolution de sa carrière tout en donnant de l’importance à ses textes qui devraient participer à l’éveil des consciences. Ça fait 12 ans que j’ai produit Solution qui est mon unique album. On ne peut pas rester une semaine sans qu’on ne cite mon nom. J‘ai beaucoup voyagé grâce à la musique et c‘est grâce à la musique que j’ai pu acquérir tout ce que j’ai aujourd’hui. Avant que l’album ne sorte, Ibou envisage de sortir avec moi 16 morceaux, les titres que j’avais faits et que je vais jouer en live. Trois morceaux y seront inclus en live vidéo comme Alioune Mbaye Nder avait fait avec Prince Art. On veut se focaliser sur ça avant l’album qui est déjà prêt. Il ne reste qu’à le mixer avant de le mettre sur le marché.
Aujourd’hui, la musique connaît une crise avec le Covid-19 qui est venu aggraver la situation…
La musique sénégalaise était en crise bien avant Covid-19. C’est le moins que je puisse dire aujourd’hui. Si on copie la musique nigériane et qu’on tente de nous l’imposer, cela veut dire que la musique sénégalaise ne marche plus. Elle s’est gâtée du moment que nos aînés ne se sont pas unis. Si aujourd’hui nos aînés disent à la jeune génération de se solidariser, pour moi ce sont eux qui devaient d’abord montrer la voie. Avez-vous vu le fils d’un de nos aînés porter le nom d’un autre chanteur de l’ancienne génération ? Ils ne se fréquentent pas et ils veulent nous imposer cette démarche. C’est ce que je déplore. L’art est en crise. Dans un passé récent, un producteur venait mettre ses billes dans la musique pour faire du profit. Ce n’est plus le cas. Maintenant c’est le chanteur qui s’autoproduit. Le Cd n’existe plus. On télécharge les sons dans les clefs Usb. On peut télécharger sur son téléphone une prestation d’un chanteur. Même la télévision a tendance à être reléguée au second plan par les sites internet. On parle de plus en plus des Lives sur les réseaux sociaux. Les sites sont en train de supplanter la télévision. Youssou Ndour sort plus d’albums que les Baba Maal et les Ismaïla Lô. Mais ce sont tous des musiciens qui voyagent beaucoup à travers la musique. Il y a des chanteurs qui trouvent leur compte dans les cérémonies familiales et ils sont maintenant engagés moyennant un cachet qu’on leur paie qui se trouve être beaucoup plus consistant par rapport à ce qu’ils ont l’habitude de gagner à l’occasion des soirées. Une personne peut payer un cachet d’un million de franc pour animer un mariage par exemple. On voit de jeunes talents méconnus du grand public imposer leur marque dans les cérémonies familiales. Ce qu’ils gagnent, les autres musiciens qui se produisent dans les soirées ne le gagnent pas. Parce que ces jeunes talents arrivent à gagner 500 mille francs par jour. Le chanteur ne gagne pas cette somme au cours d’une soirée parce qu’il a mille amis qui voudraient bénéficier d’un billet d’entrée par son entremise et que le peu d’argent qu’il parviendra à tirer de cette soirée ne servira qu’à payer les musiciens.
Avez-vous gardé en mémoire une soirée qui continue de marquer votre esprit ?
C’est la première soirée de l’album Solution au Ravin. Ce jour-là, j’ai réussi à amasser 15 millions de franc Cfa. Une somme qu’on m’avait remise dans un sachet en plastique. Dj Koloss peut en témoigner. Aujourd’hui pour réunir cette somme, il faudrait peut-être regrouper les gens, chanter leurs louanges. Pour la petite histoire, sachez que lors de cette première soirée, personne ne m’a rien offert. C’était la première fois qu’un musicien réussissait une telle prouesse. Les gens sont venus naturellement me découvrir sur scène après avoir pris goût à l’album Solution. Certains ont pu apprécier à sa juste valeur mon talent et ont fait le déplacement pour se faire une idée de ce que ce je vaux réellement sur scène. Je me suis produis dans toutes les boites. Thiossane est la seule boîte ou je ne me suis jamais produit.
Comment voyez-vous la rivalité entre les jeunes chanteurs ?
Je lance un appel à Waly Seck et à Sidy Diop. Je suis leur grand frère et je leur demande de se vouer un respect mutuel. Comment Sidy Diop peut savoir que Waly Seck doit reprendre une chanson de Youssou Ndour ? Waly Seck ne s’est pas prononcé sur la question, idem pour Sidy Diop. Il y a des gens qui cherchent à les mettre en mal.
Les artistes ont reçu 5,5 milliards dans le cadre du Fonds Covid-19 pour faire face à la pandémie. Qu’en pensez-vous ?
On nous a dit que les artistes musiciens ont droit à 122 mille francs alors que les artistes ont droit à 155 mille francs. Je remercie le président de la République de nous avoir aidé à disposer de cet appui que je considère comme un plus. J’ai entendu dire que certains ont eu un traitement de faveur et ont reçu 5 millions. Si c’est vrai, je déplore ce partage inéquitable. Le président de la République est quitte avec nous. Ceux qui sont chargés de distribuer les fonds devaient faire preuve d’une certaine équité. Si nous avons reçu 128 mille francs lors de la première tranche, pour la deuxième, nous n’avons eu droit qu’à 122 mille francs.

À lire également  La nouvelle collection "Gëm_Gëm" de DressEvita en Vogue
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top