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SENEGAL : NON A UNE MACHINE DEMOCRATIQUE HUILEE AVEC LE SANG DE LA JEUNESSE


Les douloureux événements observés ces dernières semaines au Sénégal devraient interpeller tout individu soucieux de la bonne gouvernance et des principes de base d’un état de droit. En plus de l’affaire politico-judiciaire qui a secoué la quiétude du pays, tous les observateurs ont confirmé que les sénégalais vivent difficilement cette période de crise sanitaire à cause de la gestion aux doigts mouillés et le pilotage à vue du gouvernement.
Je ne peux m’empêcher de faire un constat calamiteux sur l’histoire politique du pays. Il semblerait que le Sénégal vit presque tous les 10ans les mêmes événements politiques qui gangrènent les fondamentaux d’une démocratie et d’un état de droit. Des combats pour revendiquer des droits politiques et citoyens qui pourtant semblaient être déjà acquis. De 1969, en passant par le début du conflit casamançais de 1982, les événements de 1988/1989, ceux de 1998, ceux de 2011 avec le forcing d’un troisième mandat de l’ancien président Abdoulaye Wade, à aujourd’hui 2021, on a comme l’impression que la machine démocratique est testée et mis à l’épreuve par nos acteurs politiques, tous bords confondus. Et ceci, débauche toujours sur la mort de dizaine de jeunes innocents. Devons-nous tester la solidité, efficacité de notre État de droit et notre démocratie de cette façon ? Sommes-nous incapables d’organiser des épreuves ou exercices sérieux permettant d’évaluer efficacement notre système démocratique ? Allons-nous vivre les mêmes scénarii en 2031 encore à l’orée de joutes électorales ? Voilà moult questions, qui nous poussent à tirer la sonnette d’alarme pendant qu’il est temps et à préciser aux dirigeants actuels que si les élections locales étaient tenues aux dates prévues, les citoyens exprimeraient de façon calme et démocratique leur colère contre les décisions de semi-confinement ou mesures drastiques prises pour faire face à la crise sanitaire. Car cela sera pour eux une bonne occasion de lancer un message au pouvoir central en sanctionnant ses candidats ou représentants à la tête des pouvoirs locaux.
Lorsqu’on prive son peuple de tout moyen de contestation ou revendication démocratique, cela crée des frustrations et c’est ce qui semble expliquer cette ébullition sociale notée ces dernières semaines dans plusieurs villes du pays. La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance adoptée en Janvier 2007 par les états africains, et dans laquelle le Sénégal, pays membre, a attesté sa volonté́ d’œuvrer sans relâche pour l’approfondissement et la consolidation de la démocratie, de l’État de droit, de la paix, de la sécurité́ et du développement, ne doit sous aucun prétexte être bafoué pour des désirs de jouissance du pouvoir ou par la crise d’histrionisme d’un leader, surtout dans le contexte actuel d’insécurité dans lequel est la région du sahel, secouée par la menace terroriste. Nos dirigeants africains savent très bien que ceux qui veulent installer le chaos dans nos pays, profitent de la plus petite faille démocratique ou déséquilibre social afin de déstabiliser nos états déjà fragilisés par la pauvreté et cette pandémie. Donc, ce n’est vraiment pas le moment d’accentuer l’injustice sociale, l’injustice politique ou de brocarder les acquis démocratiques.
Quand on entend le régime en place dire par la voix du président « qu’il ne voit pas du rouge », on ne peut qu’être offusqués, scandalisés et choqués par de tels propos, qui sans doute font partie des éléments déclencheurs de la furie de cette jeunesse. Il est aisé d’admettre que dans le passé, les manifestations avec des brassards rouges étaient au moins un moyen d’expression démocratique pour nos citoyens qui leur permettait de contenir leur colère et en même temps préserver notre cher pays de ce type de chaos qui n’honorent ni les acteurs politiques du pouvoir ni ceux de l’opposition. Ce qui est dommage, c’est le fait que c’est certainement ce refus de voir la couleur rouge des brassards qui nous a amené à voir le sang rouge de nos jeunes frères, dans la fleur de l’âge, déversé pour un combat politique et démocratique.
Chers dirigeants et acteurs politiques, pour conclure, le débat démocratique a pour fonction de rechercher une unanimité, certes compliqué à avoir mais vous pourrez tendre vers une majorité, le plus grand possible. L’objectif est de donner à la minorité la fonction de s’exprimer librement et mener leur activité socio-politique, jouir de leur droit constitutionnel. C’est aussi à cette minorité de savoir convaincre sans contraindre. Cela nous évitera dans le futur tout ce tohu-bohu et d’être tristement à la une de l’actualité mondiale, ce qui est une mauvaise publicité pour un pays pauvre extrêmement endetté, qui compte beaucoup sur son économie touristique, sa stabilité politique, à vue de pays, sur son climat des affaires pour se développer.

Aux victimes de cette tragédie :
« Les peuples tiennent à leurs ancêtres martyrs. C’est la seule aristocratie qui ne leur soit jamais contestée » Amélie Nothomb
Pourvu que votre sang ne soit versé en vain !!!
Meissa M LO
Mba Trading & gestion d’actifs
Membre bénévole d’Avocats Sans Frontières (ASF) « là où la défense n’a plus la parole »

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