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Lettre ouverte sur la mort de l’étudiant Fallou SENE (Cheikh Tourad TRAORE)

A

Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République du Sénégal,

A

Monsieur Seydi Gassama, représentant d’Amnesty International.

J’aurais aimé adresser cette lettre au Ministre des Forces armées, responsable des équipages de la gendarmerie, et au Ministre de la Justice, «responsable hiérarchique » des Magistrats du parquet ; mais la teneur républicaine de mes propos et le caractère transgénérationnel de ma sollicitation font de vous, clé de voute des institutions sénégalaises, la personne la plus habilitée à recevoir cette lettre ouverte.

Contexte. Le 15 Mai 2017, un étudiant sénégalais, Fallou SENE, a trouvé la mort à l’Université Gaston Berger. Les parties présentes, la gendarmerie et les représentants d’étudiants, ont fait chacune des déclarations ; le représentant de la société, le procureur de Saint-Louis, a aussi fait une déclaration devant les journalistes. Sept mois sont passés sans que toutes les conséquences de cette mort ne soit tirée.

Une mort ayant choqué tout un peuple. Pour avoir été un interlocuteur de la Coordination des Etudiants du Sénégal, vous n’êtes pas sans savoir le choc que cette mort a causé aux étudiants sénégalais et à tout le peuple. D’ailleurs, une marche de dénonciation s’est tenue sur l’étendue du territoire sénégalais. Celle-ci n’était pas seulement l’initiative d’étudiants, d’autres couches sociales étaient aussi représentées à côté des étudiants sénégalais. Après cette marche, une grève « continue » a abouti à la perturbation de l’année universitaire à l’Université Gaston Berger.

La justice pour Fallou SENE est une demande sociale, une nécessité. Depuis sept mois, un citoyen sénégalais est mort à la suite de troubles dans une université sénégalaise mais il n’y a toujours pas de conséquences tirées de ce tragique événement. Excellence, il est usuel pour notre génération de jeunes sénégalais de dire « kou déé ya gnakk ». Pourtant de cette génération dépendra l’émergence, ou non, du Sénégal. Dans le Plan Sénégal Emergent, l’an 2035 est le cap que vous avez fixé pour atteindre l’émergence du pays. Hors en 2035, les étudiants qui sont en train de dire « kou déé ya gnakk » seront surement les décideurs de la nation sénégalaise. Hors, un décideur qui croit qu’il est vain de mourir pour des principes ne pourrait en aucune manière développer un pays.

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La justice pour Fallou SENE, un signal qui redonnera espoir à des futurs décideurs qui doutent de nos institutions(?) Excellence, à notre pire ennemi nous ne souhaiterions la privation de la liberté. Excellence, nous sommes convaincus que le Judiciaire est un pouvoir, mais le corporatisme, quel que soit son origine et sa forme, n’en est théroriquement pas et ne doit véritablement pas en être. Donc dans une optique républicaine, laïque, quand un citoyen est tué, on ne lui souhaite pas le paradis : le repos de son âme ne peut se faire qu’avec le jugement du coupable, s’il en est un, le droit doit être dit, rien ne doit l’en empêcher, pour que le défunt puisse reposer en paix. Cela est aussi la condition pour inculquer à nos jeunes frères et sœurs, qui pensent que « kou déé ya gnakk », des principes de désintéressement et de sujétion de sa vie à des causes. L’un des dignes corps de notre cher Sénégal ne se targue-t-il pas de cette belle formule : « on nous tue mais on ne nous déshonore point » ?

Cheikh Tourad TRAORE,

Militant de la Société Civile Sénégalaise

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